Interview croisée BPE x IEP

Être patron d’une banque positive, qu’est-ce que ça implique ?

Jean-Marc RIBES : C’est une aventure extraordinaire. C’est à la fois une grande fierté et une grande responsabilité de diriger une entreprise qui souhaite constamment s’améliorer. Pour diriger une banque positive, il est primordial que cette ambition soit ancrée en soi, et en accord avec ses valeurs. Je mesure à quel point c’est une mission engageante vis-à-vis de nos collaborateurs, de nos clients et de nos partenaires. Ce travail ne se fait pas seul : être patron, c’est aussi savoir s’entourer et s’appuyer sur des personnes qui peuvent se faire les ambassadeurs de sa propre vision. Ecouter ses équipes, ses partenaires, ses clients et savoir se remettre en question. Il me semble également très important de faire de la pédagogie sur cette ambition positive, il faut la faire savoir et la porter. Et puis il faut agir, agir concrètement, se donner les moyens d’y arriver avec beaucoup de confiance et d’engagement. Faire des choix et prendre des décisions fortes, parfois à contre-courant. Prendre conscience de l’urgence et de la nécessité de changer, accepter que l’on ne maîtrise pas tout mais que l’on peut jouer un rôle, et défendre des causes même si elles nous dépassent. C’est un challenge, mais j’ai le goût du défi et cela me procure une immense satisfaction de me lever chaque jour pour des projets qui demandent de penser loin. Etre patron d’une banque positive, c’est imaginer le futur que l’on voudrait voir se réaliser et chercher à le façonner dans l’instant, chercher à le rendre possible.

Qu’est-ce qu’une banque positive selon vous ?

Aurélie Tristant : Une banque positive, c’est une banque qui a compris que le développement de ses propres intérêts n’avait de sens que s’ils étaient en accord avec ceux des générations futures. C’est une banque tournée vers l’extérieur qui fait le choix de ne pas exister seulement pour elle-même mais au travers des personnes avec qui elle est en lien quotidiennement. C’est une entreprise consciente de ses responsabilités, une banque qui propose à ses clients une offre diversifiée qui donne du sens à leur épargne. Une entreprise qui prend part à la société et s’investit pour la transformer. En interne, cela signifie faire de la responsabilité sociale un sujet transverse qui « rayonne » dans chaque décision.

Audrey Tchekoff : Une banque positive, c’est une banque dont l’action s’inscrit dans l’économie positive, non seulement parce qu’elle a pleinement conscience des enjeux du long terme mais également parce qu’elle s’engage en faveur des générations présentes et futures au travers d’actions très concrètes. Une banque positive crée de la valeur ajoutée pour ses parties prenantes et accompagne les transformations positives de la société en y incluant les enjeux liés au financement de l’économie réelle, de la transition énergétique et de l’inclusion financière, tout en offrant à ses clients des produits positifs, inclusifs et écologiquement durables. Les banques ont vraiment un rôle clé à jouer dans la conduite du changement. Un certain nombre d’entre elles se sont déjà engagées sur la voie d’une finance plus responsable, plus inclusive et plus durable.  Elles ont compris que cette transition vers une économie positive est inéluctable avec les changements générationnels et qu’il faut agir vite.

Quels sont les outils et les leviers d’une entreprise comme la vôtre pour réussir sa transformation positive ? En quoi les indices de positivité peuvent-ils vous accompagner dans cette volonté de transition ?

Aurélie Tristant : Notre première force, ce sont nos équipes, notre capital humain : des femmes et des hommes qui s’investissent dans leur entreprise. Ce sont eux qui portent notre transition positive. Nous avons lancé cette année une démarche participative sur le thème de la positivité/ responsabilité sociale d’entreprise dans laquelle chacun pouvait s’exprimer et apporter sa contribution. Notre adossement au Groupe La Poste et au Groupe La Banque Postale avec qui nous partageons les mêmes valeurs, est également un levier de taille. Enfin, nos clients font également partie du changement. C’est avec eux que nous dialoguons chaque jour et avec qui nous pouvons construire un monde plus juste et meilleur pour les générations futures. Le calcul de notre indice de positivité nous apporte une structure, un cadre, une méthodologie qui nous permettent de savoir où nous nous situons. Les indicateurs qui sont suivis sont précieux, ils nous permettent d’évaluer nos progrès internes et de nous mesurer à d’autres, notamment aux entreprises du Cac 40.

Audrey Tchekoff : Les banques disposent de nombreux leviers à activer pour réussir leur transition positive. Concrètement, elles peuvent faire le choix de soutenir la transition positive en adoptant une politique d’investissement responsable, en décidant notamment de décarboner leurs portefeuilles d’investissements, de financer des projets à fort impact environnemental ou social ou encore d’investir dans la préservation de la biodiversité. La conciliation des rendements et de la prise en compte des critères ESG dans les décisions doit être un objectif prioritaire pour mener à bien sa transformation positive. Une banque positive doit non seulement mettre en œuvre une politique RSE ambitieuse (bien-être des collaborateurs, empreinte environnementale, partage équitable de la valeur, etc.) en embarquant l’ensemble de ses parties prenantes.

Adhérer aux « Principes pour un secteur bancaire responsable » des Nations Unies représente un moyen concret d’attester de la volonté d’une banque de transformer les cadres dominants du modèle économique actuel. Le secteur bancaire a également un rôle à jouer sur le plan sociétal : prendre des engagements forts sur les questions d’éducation, d’égalité des sexes, de pauvreté ou de lutte contre les discriminations contribue à façonner une société plus juste, plus inclusive et plus durable.

Enfin, la mesure de la positivité, rendue possible grâce aux indices de positivité, constitue un levier d’action important, permettant à toute entreprise d’établir des plans d’actions concrets et de suivre leurs progrès dans le temps. En mesurant la capacité à se projeter dans l’avenir, l’indice de positivité offre une vision à 360° de l’engagement d’une entreprise et s’attache à prendre à compte le long terme, dans une logique de responsabilité vis-à-vis des générations actuelles et futures. C’est également un outil de pilotage des actions de l’entreprise au service d’une démarche d’amélioration continue, puisque chaque année, l’outil permet à l’entreprise de se questionner sur l’ampleur et l’efficacité des mesures déployées et de réajuster les choses. Pour l’entreprise et ses collaborateurs, c’est un véritable outil de changement de la culture de l’entreprise.

Quels sont vos projets et enjeux pour l’année à venir ?

Jean-Marc RIBES : Nous allons orienter nos forces sur le développement de notre groupe de banque privée citoyenne et proche des territoires, avec notre filiale La Banque Postale Immobilier Conseil. Nous avons l’ambition d’être la banque privée la plus proche des Français. Concrètement, cela se traduit par notre déploiement sur les territoires avec l’ouverture de nouveaux espaces BPE au sein des bureaux de poste. Notre objectif est de doubler le nombre d’espaces privés en passant de 50 à 100 d’ici 2025. En parallèle, nous allons poursuivre le développement de notre offre d’investissements responsables. D’ici cet été, la totalité de nos profils d’investissement en gestion sous mandat seront labellisés ISR. Enfin, en interne, nous poursuivons notre politique de recrutement d’une personne sur deux en situation de handicap et nous allons consolider dans les mois à venir, un plan d’action participatif et positif à long terme, qui continuera de mobiliser toute l’entreprise.